Fashionlab – Reconversion d’un intérieur patrimonial

Prix d’Excellence de l’Ordre des architectes du Québec 2003
Catégorie : Conservation, restauration et reconversion


Vue à travers la vitrine de l’espace transformé en 2001 par Paul Laurendeau pour Fashionlab. Crédit photo © Marc Cramer



Reconversion

En 2001, Paul Laurendeau a conçu le réaménagement intérieur d’un espace patrimonial moderne pour l’agence de création Fashionlab.

Situé au 314 rue Sherbrooke Est à Montréal, le local commercial loué par Fashionlab offrait une vitrine pour tenir des lancements de produits.

Vue jusqu’au fond de l’espace après de retrait des cloisons. Crédit photo © Marc Cramer


Concept architectural

Axonométrie illustrant les 3 éléments du concept architectural.

Le concept architectural s’est articulé autour de 3 interventions :

-    L’ajout d’un bloc toilette avec une cloison blanche sur le côté de l’espace central
-    L’ajout d’une vitrine centrale pour séparer l’espace central des bureaux
-    La peinture du plancher de béton de la mezzanine de couleur rouge


Retour historique sur la façade

Façade originale de 1914. Archive : Centre Canadien d’Architecture.

Construit en 1914, l’espace comportait une façade très décorative sur la rue Sherbrooke, dans un style art nouveau.

Nouvelle vitrine du 314, rue Sherbrooke Est en 1918 par l’architecte Ernest Cormier.

En 1918, l’architecte de renommée Ernest Cormier (Université de Montréal, Cour Suprême, Maison Trudeau) a complètement transformé la façade d’origine pour permettre au bâtiment d’accueillir l’exposition universelle de voitures du Motordrome.

Influencé par son voyage à Paris, Cormier a prévu de grandes baies vitrées dans l’esprit moderne de Le Corbusier.

De 1970 à 1994, l’espace est occupé par le Service de documentation pastorale comme librairie. De 1994 à 1999, le Centre international d’art contemporain de Montréal y aménage ses locaux et y tient les célèbres Cent jours d’art contemporain de Montréal.


Retrait des cloisons après le départ du CIAC

Après le départ du Centre international d’art contemporain, l’espace a été décloisonné et remis à nu pour retrouver les murs de plâtre, les fenêtres d’origine et le volume central étroit et profond.

Les fenêtres originales sur les côtés sont découvertes. Une nouvelle paroi de verre sépare les bureaux de l’espace événementiel. Crédit photo © Marc Cramer

À l’arrière, la mezzanine est utilisée pour les espaces de bureau.

Une immense paroi de verre sur un cadre d’acier est prévue pour séparer les espaces administratif du volume principal.


Le nombre d’or pour la construction du cadre de la vitrine

Étude de la proportion du nombre l’or pour dimensionner la vitrine sur une proportion harmonieuse.

Paul Laurendeau remarque que l’ouverture entre les colonnes est presqu’équivalente au nombre d’or établi à 1.618.

Cette proportion est jugée dans l’histoire de l’architecture comme la plus harmonieuse et a été amplement utilisée par Le Corbusier.

Le dimensionnement de la vitrine adopte facilement cette même proportion.

Installation du cadre sur le plancher et de la première vitre. Photo chantier © Paul Laurendeau.

La vitrine intérieure mesure 3.91 x 6.66 m.

À cause de sa taille, elle doit être fabriquée à partir de 4 panneaux de verre plus petits de dimensions :
1.96 x 3.45 m (panneaux bas)
1.96 x 3.18 m (panneaux haut)

La vitrine vue de l’espace des bureaux sous la mezzanine. Crédit photo © Marc Cramer.

Afin de faire disparaître les joints entre les 4 plaques de verre, les plaques sont jointes bout à bout avec un scellant transparent.

L’intention était de donner l’apparence d’un seul panneau de verre monumental alors qu’il y en avait quatre.

Détail de connexion entre le centre de la vitrine et la mezzanine.

Le joint horizontal est retenu par une plaque de verre perpendiculaire qui agit comme raidisseur fixé sous le plancher de la mezzanine.

Cadre d’acier galvanisé avec plaque de retenue fixée temporairement en attente du verre. Photo chantier © Paul Laurendeau

Afin d’assurer une compatibilité matérielle entre l’existant et l’ajout, des matériaux bruts sont prévus, d’origine souvent industrielle ou commerciale, sans recouvrement ou plaquage de finition.

L’objectif architectural est d’avoir des matériaux de même nature pour conserver le même toucher et la même sonorité.

Détail de construction original du cadre : Profil en C de 76 x 304 mm (3’’ x 12’’) avec une plaque aluminium de fermeture.

Le cadre monumental est fabriqué à partir de 4 profils en C assemblés au chantier. Une plaque vissée referme l’ouverture du profil afin d’avoir une section rectangulaire.

Pour réduire les coûts, la plaque d’aluminium montrée sur le dessin a été remplacée par une plaque d’acier. Les boulons du vitrage ont été substitués par une plaque d’appui qui recouvre le bord du vitrage. Cette technique a évité de percer le vitrage trempé.


Le plancher de béton de la mezzanine est peint de couleur rouge pour dynamiser le fond de l’espace. Crédit photo © Marc Cramer.

L’éclairage à la base des colonnes illumine le plafond. Il fournit un éclairage indirect pour les futurs espaces de travail.

Les fenêtres originales en bois sont conservées.


La hauteur de plafond

Les toilettes ont été prévues avec un plafond de 5.9 mètres pour conserver l’effet de hauteur de l’espace central dont le plafond se situe à 6.7 mètres (21’- 10’’) du plancher.

Dessin montrant la hauteur des deux toilettes avec un plafond à 5.9 mètres du plancher.

La hauteur de plafond crée un impact dès l’entrée des toilettes. Le miroir accentue la hauteur en renvoyant la vue du mur opposé qui n’est pas arrêté par un plafond.

L’architecture a été conçue en fonction des proportions pour donner aux espaces plus d’ampleur et pour refléter les proportions du corps.

Porte d’accès à une toilette. L’étroitesse et la hauteur de la nouvelle porte renforcent le volume de l’espace central avec ses colonnes hexagonales de béton. Crédit photo © Marc Cramer.

Les portes des toilettes mesurent 0.695 x 2.512 mètres (2’- 4’’ x 8’- 3’’).
Une porte standard aurait mesuré 2.032 m (6’- 8’’) de hauteur.


Des mains courantes en acier plein

Les mains courantes ont été fabriquées à partir de tiges d’acier plutôt que de tubes.

Au toucher, une tige donne une sensation de masse.

Dessin montrant les détails de construction des mains courantes.

Une tige est un cylindre plein tandis qu’un tube est un vide à l’intérieur.

La tige est beaucoup plus lourde que le tube. Elle ne vibre pas de la même manière au toucher.

Le diamètre de la tige mesure 32 mm (1-1/4’’). Cette dimension correspond au minimum permis par le Code de construction. La valeur minimale a été choisie pour avoir plus de finesse qu’un tube vide normalement utilisé dans les bâtiments.

La tige en fabrication et installée sur un mur. Photo chantier © Paul Laurendeau.

Dans l’atelier du soudeur Jean-Philippe Monpetit, les sections de tiges sont soudées entre elles. Les coins sont pliés séparément.

Les soudures sont meulées pour que les pièces séparées forment une seule pièce au fini lisse et continu.


De l’éclairage de type théâtre dans les toilettes

Des ampoules de type A19 produisent un éclairage omnidirectionnel ambiant dans les deux toilettes publiques. Crédit photo © Marc Cramer.

Les toilettes ont été positionnées dans l’espace public avant, dans une baie entre deux colonnes. Cet emplacement était pour éviter au public lors d’événements d’accéder à la zone administrative arrière.

Un miroir pleine largeur au-dessus de l’évier est éclairé de chaque côté par une série d’ampoules semblables à des loges d’artistes dans les théâtres.



Détail de construction montrant l’assemblage des plaques d’acier pour dissimuler les douilles d’éclairage dans les cloisons.

Afin de donner un caractère singulier à l’espace, les appareils d’éclairage dans les toilettes publiques ont été conçus sur mesure à faible coût. 

Boîtiers en U et plaques d’acier de surface en fabrication chez Monpetit Inc. Photo chantier © Paul Laurendeau

Les appareils sont fabriqués par un entrepreneur spécialisés en métaux ouvrés. Des plaques sont découpées, percées, pliées, soudées et peintes avec un apprêt avant d’être encastrés dans les cloisons.


Les appareils de plomberie

Le robinet Vola conçu par l’architecte danois Arne Jacobsen est spécifié pour sa simplicité et son intemporalité.

Liste des appareils de plomberie dans les deux toilettes :

-    cuvette Toto Vespin CST764S allongée, couleur blanc 01
-    siège de cuvette Toto SoftClose, couleur blanc 01
-    vasque Kohler Compass K-2298 sous le comptoir, blanc 0
-    robinetterie Vola HV1M, fini chrome brillant 16


Prix d’Excellence de l’Ordre des architectes du Québec 2003

Le projet a remporté le Prix d’Excellent de l’Ordre des architectes du Québec en 2003 dans la catégorie Conservation, restauration et reconversion.

Commentaire du jury :

« Ce projet est un bel exemple de regard sensible sur l’architecture existante. L’intervention minimale et bien dosée de l’architecte a réussi à mettre en évidence les présences spatiales et à respecter la hiérarchie des composantes. »


Équipe

Architecte : Paul Laurendeau

Client : Fashionlab - Mme Chantal Gagnon

Ingénierie structure : Nicolet Chartrand Knoll

Ingénierie électromécanique : Bouthillette Parizeau

Entrepreneur : Yergeau Construction

Métaux ouvrés : Monpetit Inc.

Vitrage : Vitrerie L M & Roux Ltée

Coût de construction : 200,000 $

Superficie : 460 m²

Année de réalisation : 2001 (intérieur et façade transformés en 2009 par le Loft Hôtel)